Il y a des odeurs qui semblent venir du fond des âges. La myrrhe en fait partie. Offerte avec l’or et l’encens dans le récit des Rois mages, brûlée dans les temples d’Égypte, elle dégage un parfum à la fois amer, chaud et légèrement fumé, comme une pierre tiède dans un sanctuaire. En parfumerie, c’est une matière rare et profonde, qui donne aux compositions une gravité et un mystère inimitables. Partons à sa découverte.

La myrrhe, c’est quoi exactement ?
La myrrhe est une gomme-oléorésine produite par des arbustes épineux du genre Commiphora, principalement Commiphora myrrha. Ils appartiennent à la famille des Burséracées, comme l’arbre à encens et l’élémi. Ces arbustes trapus, aux branches tortueuses, survivent dans des paysages très secs où peu d’autres plantes poussent.
Son nom viendrait d’une racine sémitique signifiant « amer », ce qui résume bien son caractère.
D’où vient la myrrhe ?
La myrrhe est une enfant de la Corne de l’Afrique et du sud de la péninsule Arabique. La Somalie et l’Éthiopie (notamment sa région Somali, à l’est du pays) sont les principales zones de récolte, suivies du nord du Kenya, du Yémen et d’Oman. Une partie de la myrrhe éthiopienne traverse d’ailleurs la frontière pour être vendue comme « myrrhe de Somalie ».
C’est sur ces mêmes terres que passait l’antique route de l’encens. Nous racontons son histoire dans notre article sur la reine de Saba, l’encens et la myrrhe.
Quelle partie de la plante est utilisée ?
La résine qui suinte de l’écorce. Lorsque le tronc est blessé, il laisse s’écouler un suc jaunâtre qui durcit en une à deux semaines pour former des larmes brun-rouge, plus sombres et plus irrégulières que celles de l’encens. Ce sont ces larmes que l’on récolte à la main.

Une récolte à la main, au rythme de l’arbre
Deux façons de faire coexistent. En Somalie et au Somaliland, on pratique souvent la saignée : de petites entailles dans l’écorce, puis un passage régulier pour ramasser la résine durcie. En Éthiopie, beaucoup de récolteurs ramassent plutôt les exsudats naturels, c’est-à-dire la résine que l’arbre libère de lui-même par ses blessures naturelles, une méthode plus douce pour lui. La récolte se fait entièrement à la main, souvent par des familles d’éleveurs pour qui la myrrhe est un revenu essentiel.
Ces arbres sont aujourd’hui fragilisés par des sécheresses répétées : les arbres adultes produisent moins de résine, et les jeunes plants survivent difficilement.
Comment extrait-on l’huile essentielle de myrrhe ?
- La distillation à la vapeur d’eau des larmes donne l’huile essentielle de myrrhe, de couleur jaune ambré à brun verdâtre.
- L’extraction par solvant produit un résinoïde ou une absolue, plus sombres, plus denses et plus balsamiques.
- L’extraction au CO2 supercritique capte aussi les molécules lourdes que la vapeur laisse derrière elle. Le résultat est plus proche de la résine brute, et souvent préféré en parfumerie fine.
Combien de résine pour un flacon d’essence ?
La distillation rend généralement 4 à 8 % du poids de la résine. Autrement dit :
- 1 kg d’huile essentielle = environ 12 à 25 kg de larmes de myrrhe
- 1 litre d’huile = environ 12 à 25 kg de résine (l’huile de myrrhe est presque aussi dense que l’eau)
- 10 ml d’huile = environ 125 à 250 g de résine
- 1 gramme d’huile = environ 12 à 25 g de larmes
Pourquoi la myrrhe naturelle est-elle chère ?
La résine brute est payée quelques dollars le kilo aux récolteurs (de l’ordre de 3,50 à 10 $ en Éthiopie selon les reportages récents). Mais entre la récolte dans des zones isolées, les nombreux intermédiaires, la distillation et le faible rendement, une huile essentielle de myrrhe de qualité se négocie autour de 1 000 $ le kilo chez certains fournisseurs professionnels, selon l’origine et la qualité. Les extraits CO2 et absolues peuvent coûter davantage.
Il n’existe pas de molécule unique capable d’imiter la myrrhe : les versions de synthèse sont des reconstitutions approximatives, bien moins chères, mais sans la richesse amère et vivante de la résine.
À quoi sent la myrrhe ?
La myrrhe est une matière de caractère, qui évolue beaucoup sur la peau :
- Amère, balsamique et un peu médicinale à l’ouverture, avec une facette presque iodée
- Chaude, sombre, terreuse et légèrement fumée après quelques heures
- Sèche et ambrée en fond, comme une résine ancienne
Sa signature tient en grande partie à des molécules de la famille des furanosesquiterpènes, comme le furanoeudesma-1,3-diène et le curzérène, que l’on retrouve rarement ailleurs. C’est ce qui rend la myrrhe si reconnaissable.
Son rôle dans un parfum : une note de fond
Dans la pyramide olfactive, la myrrhe est une note de fond très tenace. Elle fixe les autres matières, ralentit leur évaporation et donne à la composition une impression de profondeur et d’ancienneté. Elle s’accorde merveilleusement avec l’encens, le benjoin, le labdanum, la vanille, les bois sombres et la rose.
La myrrhe dans les parfums Anuja Paris
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Pour découvrir nos autres créations, consultez notre comparatif des parfums Anuja Paris, ou lisez ce qui distingue un parfum vivant d’un parfum conventionnel.
Le parfum de ce récit
Un oriental résineux et enveloppant : encens oliban, rose, myrrhe, benjoin et vanille. Un voyage vers le cosmos.
Questions fréquentes sur la myrrhe
Quelle différence entre la myrrhe et l’encens ?
Ce sont deux résines cousines, récoltées dans les mêmes régions. L’encens oliban est frais, citronné et lumineux ; la myrrhe est plus sombre, amère et chaude.
Pourquoi la myrrhe sent-elle « amer » ?
Ses molécules caractéristiques, les furanosesquiterpènes, lui donnent cette facette amère et médicinale. Elle s’adoucit ensuite sur la peau pour devenir chaude et ambrée.
Huile essentielle, résinoïde ou CO2 : quelle différence ?
L’huile essentielle, obtenue à la vapeur, est la plus légère. Le résinoïde (au solvant) est plus épais et balsamique. L’extrait CO2 est le plus complet, proche de l’odeur de la résine elle-même.
Un parfum à la myrrhe est-il lourd ?
Pas nécessairement. Bien dosée et associée à des notes lumineuses, la myrrhe apporte surtout de la profondeur et de la tenue, sans écraser la composition.
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