Fermez les yeux et repensez à l’odeur d’une vieille église. Un air frais et citronné, une pointe de poivre, puis une chaleur douce et résineuse qui semble flotter dans la lumière. Ce parfum-là, c’est l’encens oliban. Brûlé dans les temples depuis des millénaires, il est aussi l’une des matières les plus envoûtantes de la parfumerie. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette larme de résine qui a voyagé à dos de chameau avant d’entrer dans nos flacons.

L’encens oliban, c’est quoi exactement ?
L’oliban est une gomme-résine produite par de petits arbres du genre Boswellia, de la famille des Burséracées (la même que la myrrhe et l’élémi). Les espèces les plus recherchées en parfumerie sont Boswellia sacra et Boswellia carterii ; on rencontre aussi Boswellia frereana, Boswellia papyrifera ou, en Inde, Boswellia serrata.
« Encens » désigne au sens large tout ce que l’on brûle pour parfumer l’air. « Oliban » nomme précisément cette résine-là. En anglais, on parle de frankincense, « l’encens véritable ».
D’où vient l’encens ? Entre Arabie et Corne de l’Afrique
Les arbres à encens poussent dans des paysages arides et rocailleux, de part et d’autre du golfe d’Aden. Les grandes régions productrices sont la Somalie et le Somaliland, l’Éthiopie (aujourd’hui premier exportateur mondial, surtout de B. papyrifera), le Yémen et le sultanat d’Oman. L’Inde fournit aussi son propre oliban.
Dans la région du Dhofar, au sud d’Oman, le Wadi Dawkah abrite des milliers d’arbres à encens. Avec d’anciens sites caravaniers, il est inscrit depuis 2000 au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre de la « Terre de l’encens ». C’est de là que partait, il y a plus de deux mille ans, la fameuse route de l’encens, dont nous racontons la légende dans notre article sur la reine de Saba, l’encens et la myrrhe.
Quelle partie de l’arbre est utilisée ?
La résine qui s’écoule de l’écorce. Lorsqu’on entaille le tronc, l’arbre laisse perler un suc laiteux pour cicatriser sa blessure. Au contact de l’air, ce suc sèche et forme des « larmes » translucides, jaune pâle à ambrées. Ce sont ces larmes que l’on récolte, trie par taille et par couleur, puis que l’on brûle, ou que l’on distille pour la parfumerie.

Une récolte patiente, pendant la saison sèche
La récolte se fait pendant la longue saison sèche, qui peut durer près de neuf mois. Au Dhofar, elle reprend après la mousson d’été (le khareef). Le geste n’a presque pas changé depuis l’Antiquité : avec un petit outil tranchant, le récolteur gratte de fines entailles sur le tronc, puis revient environ deux à trois semaines plus tard ramasser la résine durcie, avant d’agrandir les incisions. L’opération se répète plusieurs fois par saison.
Ces arbres sont fragiles. Des chercheurs observent dans certaines forêts d’Éthiopie un net déclin des populations, lié au surpâturage, aux incendies et aux saignées trop intensives. D’où l’importance de pratiques de récolte qui laissent l’arbre se reposer.
Comment extrait-on l’huile essentielle d’encens ?
Plusieurs méthodes coexistent, chacune avec sa signature :
- La distillation à la vapeur d’eau : les larmes broyées sont traversées par la vapeur, qui emporte les molécules odorantes. On obtient l’huile essentielle d’oliban, la plus fraîche et la plus lumineuse.
- L’extraction par solvant donne un résinoïde ou une absolue, plus épais, plus chaud et plus balsamique.
- L’extraction au CO2 supercritique offre un profil souvent jugé plus complet, plus proche de la résine brute.
Combien de résine pour un flacon d’essence ?
Comparé aux fleurs, l’encens est plutôt généreux : la distillation rend en général 3 à 10 % du poids de la résine, selon l’espèce et la qualité des larmes. Concrètement :
- 1 kg d’huile essentielle = environ 10 à 33 kg de résine
- 1 litre d’huile = environ 9 à 29 kg de larmes
- 10 ml d’huile = environ 90 à 290 g de résine
- 1 gramme d’huile = environ 10 à 33 g de larmes, une belle poignée
Mais derrière ces chiffres, il y a des arbres qui mettent une dizaine d’années à devenir productifs, et des récolteurs qui parcourent les collines entaille après entaille.
Quel est le prix de l’encens oliban ?
Le paradoxe de l’encens, c’est que la résine brute est souvent achetée très peu cher aux récolteurs : en Éthiopie, l’oliban courant s’exporte à quelques dollars le kilo seulement. En revanche, une huile essentielle d’oliban de qualité parfumerie (Somalie, B. carterii) se vend chez les fournisseurs professionnels entre environ 400 et 950 $ le kilo, selon l’origine et la qualité. L’oliban d’Oman (B. sacra), plus rare, peut être plus cher encore.
Les notes « encens » de nombreux parfums grand public sont, elles, reconstituées avec quelques molécules de synthèse, pour une fraction de ce prix. Elles évoquent la fumée d’église, mais sans la profondeur, la fraîcheur citronnée et l’évolution d’une vraie résine distillée.
À quoi sent l’encens oliban ?
On l’imagine fumé et lourd. En réalité, l’huile essentielle d’oliban est étonnamment aérienne :
- Fraîche, citronnée et poivrée à l’ouverture, avec une facette de pin : c’est l’œuvre de terpènes comme l’alpha-pinène et le limonène
- Résineuse et balsamique au cœur, avec cette impression « d’église » si reconnaissable
- Douce, boisée et ambrée en fond, longue et feutrée
Moins fumé que la myrrhe, moins sucré que le benjoin, l’oliban apporte de la hauteur et de la lumière à une composition.
Son rôle dans un parfum : de la tête au fond
L’encens est une matière à double visage. Sa fraîcheur terpénique s’exprime dès les notes de tête, tandis que sa chaleur résineuse tient longtemps dans le fond. C’est pourquoi les parfumeurs l’aiment tant : il relie le haut et le bas de la pyramide olfactive, et donne du relief aux accords ambrés, boisés et orientaux.
L’encens dans les parfums Anuja Paris
Nos parfums sont des eaux de parfum BIO aux essences botaniques entières. L’encens y joue deux rôles bien différents :
- Dans Élixir des Cieux, l’encens oliban s’envole dès les premières secondes avec la bergamote et le pin sylvestre, avant de rejoindre la myrrhe, la rose et le labdanum. Un parfum d’élévation, inspiré du cosmos.
- Dans Tux & Tie, notre parfum new-yorkais, l’encens se glisse dans le fond aux côtés du bois de oud, de l’ambre et du benjoin, pour un sillage élégant et mystérieux.
Pour comparer nos sept créations, consultez notre comparatif des parfums Anuja Paris, ou découvrez ce qui distingue un parfum vivant d’un parfum conventionnel.
Le parfum de ce récit
Un oriental résineux et enveloppant : encens oliban, rose, myrrhe, benjoin et vanille. Un voyage vers le cosmos.
Questions fréquentes sur l’encens oliban
Encens et oliban, est-ce la même chose ?
Presque. « Encens » désigne tout ce que l’on brûle pour parfumer, y compris des mélanges. « Oliban » désigne précisément la résine des arbres Boswellia, l’encens « véritable ».
Un parfum à l’encens sent-il la fumée ?
Pas forcément. L’huile essentielle distillée n’a pas été brûlée : elle sent plutôt le citron, le poivre et la résine fraîche. L’effet « fumée » dépend de la composition et des autres matières associées.
Quelle est la différence entre l’encens et la myrrhe ?
Ce sont deux résines cousines de la même région. L’oliban est lumineux et citronné ; la myrrhe est plus sombre, amère et chaude. Ensemble, elles forment un duo mythique.
Quand récolte-t-on l’encens ?
Pendant la saison sèche, qui s’étend sur plusieurs mois. À Oman, la récolte reprend après la mousson d’été.
L’encens tient-il longtemps sur la peau ?
Oui, c’est l’un de ses atouts. Sa fraîcheur s’estompe après quelques minutes, mais son cœur résineux accompagne le parfum pendant de longues heures.
Envie de sentir la lumière des temples sur votre peau ? Découvrez Élixir des Cieux et Tux & Tie, deux parfums où l’encens oliban élève le voyage.






