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Pandanus (kewra) : la fleur secrète des attars indiens en parfumerie

18 octobre 2026 · Lecture 7 min

Pandanus (kewra) : la fleur secrète des attars indiens en parfumerie

Certaines odeurs racontent tout un pays. Celle du kewra, c’est l’Inde des fêtes et des desserts parfumés, l’air humide de la mousson, les flacons d’attar que l’on se passe au poignet. Une odeur douce, miellée, à la fois florale, fruitée et verte, qui rappelle la jacinthe et la rose, avec une fraîcheur humide inimitable. Elle vient d’une fleur étonnante, cachée dans les feuilles d’un arbuste des rivages : le pandanus. Encore peu connue en Occident, c’est l’une des matières les plus envoûtantes de la parfumerie. Voici tout ce qu’il faut savoir sur elle.

Pandanus, la plante dont la fleur mâle donne le kewra, essence florale de la parfumerie indienne

Le pandanus kewra, c’est quoi exactement ?

Le kewra (on écrit aussi kewda ou keora) est le parfum tiré des fleurs du pandanus odorant, appelé en botanique Pandanus odoratissimus (aussi connu sous les noms Pandanus fascicularis ou Pandanus odorifer). C’est un arbuste de la famille des Pandanacées, au port de petit palmier, avec de longues feuilles épineuses disposées en spirale et des racines aériennes qui le font ressembler à un arbre sur échasses.

Attention à ne pas le confondre avec le pandan de la cuisine d’Asie du Sud-Est (Pandanus amaryllifolius), dont on utilise les feuilles vertes au parfum de riz chaud. Le kewra, lui, provient des fleurs d’une autre espèce, et son odeur est bien plus florale.

Une origine : les côtes de l’Odisha, en Inde

Le pandanus odorant pousse naturellement sur les rivages tropicaux, de l’Inde à l’Asie du Sud-Est. Mais pour la parfumerie, un territoire domine tous les autres : le district de Ganjam, dans l’État d’Odisha, sur la côte est de l’Inde. L’Odisha fournirait à lui seul environ 90 % des fleurs de kewra commercialisées en Inde, et la « fleur de kewda de Ganjam » bénéficie d’une indication géographique protégée.

Autour de villes comme Chhatrapur, Gopalpur ou Berhampur, les haies de pandanus bordent les champs et les villages sur des milliers d’hectares. Selon la presse indienne, environ 200 000 personnes y vivent de la cueillette et de la distillation du kewra.

La côte de Ganjam, en Odisha, autour de Chhatrapur : le pays du kewra. Voir la carte en grand · © contributeurs OpenStreetMap

Quelle partie de la plante est utilisée ?

Uniquement la fleur mâle. Le pandanus a des pieds mâles et des pieds femelles. Les pieds femelles donnent de gros fruits qui rappellent l’ananas, sans intérêt pour le parfum. Les pieds mâles produisent de longs épis de petites fleurs crème, pouvant atteindre une trentaine de centimètres, protégés par des bractées claires. C’est là que se concentre le parfum. Ces fleurs perdent vite leur odeur une fois ouvertes : elles doivent être distillées très rapidement.

Une récolte rythmée par la mousson

À Ganjam, le pandanus fleurit trois fois par an. La grande saison est celle de la mousson, de juillet à septembre, qui donne la majorité des fleurs, souvent les plus parfumées. Une plus petite floraison a lieu au début de l’été (mai-juin), et une dernière à l’automne (octobre-novembre). Les épis sont cueillis à la main à l’aube, avant le lever du soleil, puis portés immédiatement aux distilleries.

Comment extrait-on le kewra ?

Le kewra est l’une des dernières matières à être encore largement distillée selon une méthode ancestrale indienne, le deg-bhapka. Les fleurs sont placées avec de l’eau dans un grand chaudron de cuivre, le deg, scellé avec de l’argile. La vapeur parfumée est conduite vers un récipient de réception refroidi, le bhapka. On obtient ainsi plusieurs produits :

  • L’eau de kewra (kewra jal), un hydrolat très utilisé dans la cuisine indienne pour parfumer les biryanis et les desserts comme le gulab jamun ou le rasgulla.
  • L’attar de kewra : la vapeur est recueillie dans de l’huile de bois de santal, qui capte le parfum des fleurs, distillation après distillation, pendant plusieurs jours.
  • Le ruh kewra, l’huile essentielle pure, obtenue en quantités infimes après une nouvelle distillation. C’est la forme la plus précieuse et la plus rare.

Combien de fleurs pour un flacon de kewra ?

Le rendement du kewra est l’un des plus faibles de la parfumerie. Une étude d’un institut de recherche indien a mesuré un rendement d’environ 0,024 % en huile essentielle à partir des fleurs mâles, et la presse indienne parle d’environ 30 000 fleurs pour un litre d’huile. En ordre de grandeur :

  • 1 kg d’huile pure = environ 4 tonnes de fleurs
  • 1 litre d’huile = environ 30 000 épis floraux
  • 10 ml d’huile = environ 300 épis, soit une quarantaine de kilos de fleurs
  • 1 gramme d’huile = environ 4 kg de fleurs

Pourquoi le kewra est-il si précieux ?

Un territoire très restreint, une cueillette manuelle au petit matin, des fleurs qui se fanent vite, une distillation artisanale longue et un rendement minuscule : l’huile pure de kewra est une matière rare. Selon la presse indienne, elle se négocie localement autour de 5 lakhs de roupies le litre, soit de l’ordre de 5 000 € le litre, et son prix varie selon les saisons et la demande. Les attars, dilués dans l’huile de santal, sont plus accessibles. Les cyclones qui frappent régulièrement la côte d’Odisha fragilisent aussi les plantations.

Les reconstitutions de synthèse, bâties autour de quelques molécules, reproduisent l’idée générale du kewra. Mais elles paraissent souvent plates et linéaires à côté de la richesse de l’essence naturelle.

À quoi sent le kewra ?

  • Floral et miellé, avec des facettes de jacinthe et de rose, grâce à l’éther méthylique de phényléthyle, sa molécule principale, et à l’alcool phényléthylique, que l’on retrouve aussi dans la rose
  • Fruité et sucré, plus fruité que la rose
  • Vert, frais et légèrement épicé, grâce au terpinène-4-ol
  • Humide et diffusif, comme l’air d’un jardin après la pluie de mousson

Son rôle dans un parfum : un cœur exotique

Le kewra est une note de cœur. Très diffusif, il s’emploie par petites touches, qui suffisent à apporter un halo floral, humide et lumineux à toute la composition. Il crée des ponts surprenants entre les fleurs, les fruits et les épices, et prend une profondeur magnifique sur des bois comme le santal.

Le kewra dans les parfums Anuja Paris

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Le parfum de ce récit

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Questions fréquentes sur le kewra

Kewra et pandan, est-ce la même chose ?

Non. Le kewra vient des fleurs mâles du pandanus odorant (Pandanus odoratissimus). Le pandan de la cuisine asiatique vient des feuilles d’une autre espèce, Pandanus amaryllifolius, et sent plutôt le riz chaud.

Qu’est-ce que l’attar de kewra ?

C’est un parfum traditionnel indien : les fleurs de kewra sont distillées et leur vapeur parfumée est recueillie dans de l’huile de santal, selon la méthode ancestrale du deg-bhapka.

D’où vient le kewra ?

Principalement du district de Ganjam, dans l’État d’Odisha, sur la côte est de l’Inde, où la fleur bénéficie d’une indication géographique.

Quand fleurit le pandanus ?

Trois fois par an à Ganjam, avec une floraison principale pendant la mousson, de juillet à septembre. Les fleurs sont cueillies à l’aube.

À quoi ressemble l’odeur du kewra ?

À une fleur douce et miellée, entre jacinthe, rose et fruits mûrs, avec une fraîcheur verte et humide très particulière.


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